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Panneau immobilier devant une maison à vendre

RealT liquide son parc immobilier tokenisé et laisse 14 000 Français dans l’attente

La plateforme américaine RealT, qui découpait des logements en jetons blockchain, a annoncé le 4 juillet 2026 le lancement d’une liquidation de ses sociétés propriétaires, une opération qui expose environ 22 000 investisseurs dans le monde, dont près de 14 000 en France.

L’annonce, faite par les cofondateurs Rémy et Jean-Marc Jacobson lors d’un appel communautaire diffusé sur YouTube, marque l’effondrement de l’un des projets de tokenisation immobilière les plus connus du grand public francophone. Aucun bandeau d’information n’a été publié sur le site officiel de RealT et aucun courriel formel n’a été adressé aux détenteurs de jetons au moment de la décision, selon les épargnants relayant l’appel. La nouvelle a circulé par les seuls canaux communautaires, ce que plusieurs porteurs jugent problématique au regard des obligations d’information dues aux souscripteurs.

Un modèle de loyers en stablecoin à l’arrêt

Lancée en 2019 par les frères Jacobson, RealT reposait sur des sociétés américaines de type LLC détenant chacune un bien immobilier, dont les parts étaient fractionnées en jetons ERC-20 émis sur Ethereum puis sur Gnosis. Les investisseurs percevaient une fraction des loyers en USDC, un stablecoin adossé au dollar, pour des tickets d’entrée souvent compris entre 50 et 100 dollars. La plateforme mettait en avant des rendements annualisés présentés au-delà de 10 %.

Ce versement d’intérêts hebdomadaires s’est toutefois interrompu depuis plusieurs mois, bien avant l’annonce de la liquidation. Le cabinet Delomel, qui coordonne une action collective en France, indique avoir été saisi par des investisseurs dès le printemps 2026, après un ralentissement puis un arrêt des paiements constatés courant 2025.

La ville de Detroit à l’origine de la crise

La bascule tient d’abord à un contentieux ouvert par la ville de Detroit, où se concentre 83 % du portefeuille selon RealT. Depuis juillet 2025, la municipalité poursuit la plateforme pour violations du code du logement et arriérés fiscaux portant sur près de 408 propriétés.

En avril 2026, un accord a conduit à la nomination d’un fiduciaire indépendant, Charles Bullock, chargé de gérer environ 700 biens du parc. Doté de pouvoirs étendus, il peut financer des rénovations via un compte séquestre, vendre des actifs pour lever des liquidités ou ordonner la démolition d’immeubles jugés dangereux. Les comptes présentés par les épargnants font état d’un séquestre d’environ 639 600 dollars, à mettre en regard de quelque 178 000 dollars de frais réclamés par le fiduciaire sur deux mois, un rapport qui laisse peu de marge pour rembourser les porteurs.

Vendre chaque actif, sans calendrier garanti

Les cofondateurs présentent désormais la cession du parc comme la seule issue. « Nous avons entamé une procédure de liquidation judiciaire. Nous allons vendre chaque actif », a déclaré Jean-Marc Jacobson lors de l’appel communautaire. Il a reconnu que la structure n’avait pas été pensée pour une sortie de ce type, affirmant que « RealT n’a pas été structuré pour ça ».

Le produit des ventes serait affecté en priorité aux propriétés de Detroit, avant redistribution éventuelle aux détenteurs de jetons. Les arriérés d’impôts, frais administratifs et honoraires juridiques viendraient toutefois réduire les montants susceptibles d’être rendus, sans qu’aucun calendrier ni taux de recouvrement n’ait été communiqué.

Une action collective et une plainte pénale à Paris

Côté français, le cabinet Delomel a ouvert une action collective, avec des frais d’inscription fixés à 360 euros par plaignant, et fait état d’environ 14 000 investisseurs hexagonaux sur les 22 000 clients revendiqués dans le monde. Une plainte pénale a par ailleurs été déposée auprès du parquet du pôle financier du tribunal judiciaire de Paris.

Aucune date d’audience n’a été annoncée et RealT n’a pas publié de communiqué officiel détaillant les modalités de la liquidation. Les investisseurs attendent désormais un plan de cession chiffré et un état des dettes des différentes LLC, seuls éléments permettant d’estimer ce qui pourra leur être restitué.

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