Le géant de la mode ultra-rapide Shein a publié le 26 juillet un projet de prospectus qui révèle une perte nette de 99 millions de dollars au premier trimestre 2026, à quelques semaines de son introduction en Bourse à Hong Kong. Le document confirme un net ralentissement de la croissance après la fin de l’exemption douanière américaine sur les petits colis.
Ces chiffres, rapportés par Reuters et confirmés par CNBC et Bloomberg à partir du dépôt réglementaire, marquent un tournant pour une entreprise longtemps citée en modèle de croissance dans le commerce en ligne. Ils dessinent aussi le prix payé par les plateformes chinoises à mesure que les États et l’Union européenne referment les niches fiscales qui portaient leur modèle à bas coût.
Une perte comptable et un chiffre d’affaires atone
Selon le prospectus cité par Reuters, le chiffre d’affaires de Shein n’a progressé que de 1,1 % sur un an, à 9 milliards de dollars sur le trimestre. La bascule dans le rouge s’explique surtout par une charge non monétaire de 328 millions de dollars liée à la réévaluation d’actions de préférence convertibles, un élément appelé à disparaître lors de la cotation.
Le bénéfice opérationnel, lui, a reculé de 26 % à 258 millions de dollars, la hausse des dépenses de marketing et de logistique ayant pesé face à des ventes stagnantes. La marge opérationnelle est tombée à 2,9 %, contre 3,9 % un an plus tôt, selon les mêmes documents relayés par CNBC.
Le marché américain décroche
Le recul se concentre aux États-Unis, premier marché du groupe. Le chiffre d’affaires y a chuté de 14 % à 2 milliards de dollars sur le trimestre, faisant passer sa contribution au total de 26,6 % à 22,5 %, rapporte Reuters. En cause, la suppression depuis mai 2025 de l’exemption dite « de minimis », qui dispensait de droits de douane les colis d’une valeur inférieure à 800 dollars entrant sur le territoire américain.
Dans son prospectus, Shein reconnaît que cette fin d’exemption a eu un « impact défavorable » sur ses ventes outre-Atlantique et sur sa croissance globale, tout en alourdissant ses coûts. La société avertit par ailleurs sur l’Europe, son plus gros marché avec 14,8 milliards de dollars de ventes en 2025, soit 35,4 % de son chiffre d’affaires.
L’Europe dans le viseur du prochain choc
« Bien qu’il soit encore trop tôt pour l’évaluer pleinement, il est possible que les tendances observées dans l’UE soient globalement conformes, voire supérieures, à l’impact constaté aux États-Unis après la suppression de l’exemption de minimis américaine », prévient le groupe dans le document, cité par Reuters. L’avertissement intervient alors que Bruxelles prépare la fin de la franchise douanière sur les petits colis importés.
La comparaison avec le passé récent de l’entreprise souligne l’ampleur du retournement. Valorisée jusqu’à 98,2 milliards de dollars en 2022, puis autour de 64 milliards en 2024, Shein viserait désormais une valorisation comprise entre 40 et 50 milliards de dollars pour cette opération, selon les estimations rapportées par Bloomberg.
Une cotation de repli après New York et Londres
L’introduction à Hong Kong intervient après l’échec de deux tentatives de cotation, à New York puis à Londres, freinées par des obstacles réglementaires et des critiques sur les conditions sociales et environnementales de la chaîne d’approvisionnement. Le régulateur boursier chinois, la CSRC, a donné son feu vert le 10 juillet, ouvrant la voie à une entrée en Bourse attendue à l’automne.
Le document précise que Goldman Sachs, Morgan Stanley et JPMorgan pilotent conjointement l’opération. Shein prévoit d’émettre jusqu’à 341,6 millions d’actions, soit environ 8 % de son capital, un volume qui devrait être ajusté à la baisse au moment de fixer le prix, indique Reuters.
Sur l’ensemble de l’exercice 2025, le chiffre d’affaires de Shein avait atteint 41,9 milliards de dollars, en progression sur un an, porté à près de 90 % par la vente de produits. Reste à savoir si les investisseurs regarderont ces revenus passés ou la trajectoire fiscale qui, désormais, resserre l’espace du modèle à bas prix.
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Voir toutes les publicationsYeva Lambert s’intéresse à l’actualité du e-commerce, des marketplaces et du retail, avec une attention particulière portée aux usages et aux stratégies des acteurs du secteur.




