La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a esquissé le 29 juin à Sintra, au Portugal, une nouvelle doctrine monétaire fondée sur le retour aux taux d’intérêt comme instrument principal, tournant la page de treize années de mesures exceptionnelles à l’ouverture du forum annuel de l’institution.
Le discours, intitulé « Revenir aux fondamentaux dans un environnement incertain », intervient trois semaines après la première hausse de taux de la BCE depuis 2023 et fixe le cadre selon lequel l’institution de Francfort compte piloter sa politique dans un contexte de chocs répétés du côté de l’offre. Il éclaire la manière dont les décisions futures, susceptibles d’affecter le coût du crédit de millions de ménages et d’entreprises de la zone euro, seront prises.
Un retour aux taux directeurs comme instrument central
Après une décennie marquée par les achats massifs d’obligations, les prêts d’urgence aux banques et les orientations prospectives, la BCE affirme pouvoir de nouveau s’appuyer sur ses taux directeurs pour maîtriser l’inflation. Christine Lagarde a défendu l’idée de « stabiliser l’inflation à l’aide des taux directeurs comme principal instrument, en agissant de façon mesurée », selon le texte publié par l’institution.
Elle a toutefois tenu à écarter toute lecture nostalgique de ce recentrage, précisant que ce retour « ne signifie pas un retour au même passé idéalisé », rapporte Euronews. Les instruments non conventionnels déployés depuis 2013 ne disparaissent pas de la boîte à outils, mais cessent d’être la réponse par défaut.
La framework guidance remplace les promesses sur les taux
Le changement le plus commenté porte sur la communication de la banque centrale. Christine Lagarde a signifié la fin de la forward guidance, cette pratique consistant à s’engager par avance sur la trajectoire des taux. « En période d’incertitudes, la forward guidance perd de son intérêt. Mais la framework guidance, elle, devient plus intéressante », a-t-elle déclaré.
Concrètement, plutôt que d’annoncer où iront les taux, la BCE entend expliquer comment elle décidera. Sa fonction de réaction reposera sur trois critères, a détaillé la présidente, « les perspectives d’inflation, la dynamique de l’inflation sous-jacente et la force de la transmission de la politique monétaire ». L’Usine Nouvelle souligne que ni la cible d’inflation de 2 %, ni le principe d’une trajectoire chiffrée de taux ne figureront au menu de la revue stratégique en cours.
Des chocs d’offre qui compliquent la lecture de l’inflation
Le fond du raisonnement tient à la nature des perturbations récentes. Les chocs actuels proviennent davantage de l’offre, énergie, tensions commerciales, droits de douane, que d’un affaiblissement de la demande, une configuration qui pousse les prix à la hausse tout en pesant sur l’activité. La présidente a insisté sur leur volatilité, ces événements pouvant s’aggraver puis s’inverser très rapidement, ce qui rend délicate l’évaluation du caractère temporaire ou durable des pressions inflationnistes.
Ce diagnostic explique la prudence affichée. L’inflation en zone euro avait atteint 3,2 % en mai, son plus haut niveau depuis septembre 2023, avant que la BCE ne relève ses trois taux directeurs de 25 points de base le 11 juin. Le taux de dépôt s’établit désormais à 2,25 %, le taux de refinancement à 2,40 % et le taux de prêt marginal à 2,65 %.
Un objectif de 2 % attendu seulement fin 2027
Le calendrier du retour à la cible reste éloigné. Selon les projections de l’institution, l’inflation ne reviendrait vers l’objectif de 2 % qu’à la fin 2027, un horizon qui pourrait justifier un maintien prolongé de conditions monétaires restrictives. Dans une interview aux Échos publiée début juillet, Christine Lagarde a réaffirmé être « convaincue d’avoir pris la bonne décision » en relevant les taux, ajoutant que dès avril une large majorité du Conseil des gouverneurs était prête à agir mais manquait alors d’informations suffisantes.
Ce recentrage doctrinal survient alors qu’un accord de paix américano-iranien a entraîné un reflux des prix du pétrole, sans dissiper pour autant les perturbations des chaînes d’approvisionnement que la présidente continue de mettre en avant. La revue stratégique de la BCE, dont les conclusions préciseront ce nouveau cadre, doit encore être finalisée avant d’engager durablement l’institution.
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