Le Fonds monétaire international a jugé hors d’atteinte la cible d’un déficit public ramené à 5 % du PIB en 2026, dans son rapport annuel au titre de l’article IV publié le 22 juillet. L’institution table plutôt sur un dérapage à 5,2 % du PIB cette année.
Dans ce document consacré à la France, le FMI reconnaît que le déficit a été contenu à 5,1 % du PIB en 2025, après 5,8 % en 2024, mais estime que la trajectoire actuelle ne permettra pas de tenir l’engagement gouvernemental. L’institution de Washington projette une nouvelle remontée à 5,2 % du PIB en 2026, avant un lent reflux à 4,9 % en 2027 puis 4,5 % en 2028. Elle prévient que, sans mesures supplémentaires, la dette publique continuerait de grimper au-delà de 2030.
Un objectif gouvernemental jugé trop optimiste
Le gouvernement a inscrit dans sa programmation le retour du déficit à 5 % du PIB dès 2026, première étape d’un chemin censé le ramener sous le seuil européen de 3 % à l’horizon 2029. Le FMI considère cet objectif comme insuffisamment étayé, faute d’un consensus politique permettant de voter les économies nécessaires.
L’institution chiffre l’effort requis à environ 1,1 point de PIB dès 2026, puis près de 0,9 point par an les années suivantes. Pour la période 2027-2029, elle recommande « un ajustement structurel important d’environ 0,8 % du PIB par an », soit de l’ordre de 25 milliards d’euros annuels, en insistant sur une correction portée en priorité par les dépenses plutôt que par de nouveaux prélèvements.
Une dette qui franchit un nouveau palier
La dette publique française a atteint 3 460,5 milliards d’euros fin 2025, soit 115,6 % du PIB, selon l’Insee, contre 113,2 % un an plus tôt. Le FMI anticipe une poursuite de la hausse, à 118,5 % du PIB en 2026 puis au-delà de 120 % en 2027, un niveau qui place la France parmi les États les plus endettés de la zone euro, derrière la Grèce et l’Italie.
Cette dérive s’accompagne d’un renchérissement du coût de financement. Le rendement de l’OAT à dix ans s’établissait autour de 3,8 % à la mi-mai 2026, contre des taux proches de zéro en 2020, tandis que l’écart avec le Bund allemand se maintenait autour de 70 points de base, reflet de la prime de risque exigée par les investisseurs.
La charge d’intérêts devient le premier poste de dépense
Conséquence directe de cette remontée des taux, la charge de la dette est appelée à atteindre environ 74 milliards d’euros en 2026, contre 67 milliards en 2025 et 58 milliards en 2024. Pour la première fois dans l’histoire récente du budget de l’État, ce poste dépasserait les crédits alloués à la Défense, à l’enseignement supérieur ou à la justice.
Selon les projections budgétaires transmises au Sénat, cette charge pourrait approcher les 100 milliards d’euros par an d’ici à 2029 si la trajectoire des taux et de l’endettement se confirmait. L’État prévoit par ailleurs des émissions de dette à moyen et long terme d’un montant record en 2026, afin de couvrir le déficit et le refinancement des titres arrivant à échéance.
Un diagnostic partagé par les institutions
Le message du FMI rejoint les avertissements répétés de la Cour des comptes sur la situation des finances publiques début 2026, et ceux de la Banque de France, dont le gouverneur avait jugé préférable que le déficit ne dépasse pas un certain seuil cette année. Toutes ces institutions pointent le poids croissant du service de la dette dans les marges de manœuvre budgétaires.
Le débat intervient à quelques semaines de la préparation du projet de loi de finances pour 2027, dans un contexte de fragmentation politique qui complique l’adoption de mesures d’économies. La prochaine échéance statistique attendue reste la première estimation des comptes nationaux du deuxième trimestre, qui doit préciser la vigueur réelle de l’activité et, indirectement, le rendement des recettes fiscales.
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