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Un consommateur effectue un achat en ligne sur une marketplace, illustrant les enjeux de sécurité des produits

Bruxelles inflige 550 millions d’euros à AliExpress pour ses défaillances face aux produits illégaux

La Commission européenne a infligé le 20 juillet une amende de 550 millions d’euros à AliExpress pour avoir manqué à ses obligations au titre du règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA). Il s’agit de la sanction la plus lourde jamais prononcée sous ce texte entré en application en 2024.

La marketplace, filiale du chinois Alibaba, se voit reprocher de ne pas avoir correctement évalué ni atténué les risques liés à la circulation de produits illégaux, dangereux ou contrefaits sur sa plateforme. La décision marque l’entrée du DSA dans sa phase répressive et adresse un signal à l’ensemble des très grandes plateformes actives dans l’Union.

Des jouets et cosmétiques dangereux en ligne pendant des semaines

Selon la Commission, AliExpress a surestimé l’efficacité de son système de détection et de retrait des produits interdits. Des articles signalés, parmi lesquels des jouets non conformes et des cosmétiques dangereux, sont restés accessibles à la vente pendant des semaines après avoir été identifiés par les propres outils de modération de la plateforme.

Bruxelles pointe des équipes de modération sous-dimensionnées au regard du volume traité, ainsi qu’un système d’autorisation des marques censé bloquer les contrefaçons mais jugé inefficace. Des vendeurs malveillants classaient par ailleurs volontairement leurs produits dans de mauvaises catégories pour échapper aux contrôles de conformité, a constaté l’exécutif européen.

Une amende record loin du plafond légal

Le montant de 550 millions d’euros dépasse toutes les sanctions déjà infligées au titre du DSA, qui autorise pourtant des pénalités bien plus élevées. Le règlement plafonne l’amende à 6 % du chiffre d’affaires annuel mondial d’une entreprise en infraction, un seuil que la Commission n’a pas approché dans le cas d’AliExpress.

La décision s’inscrit dans une pression réglementaire croissante sur les plateformes chinoises à bas coûts. Elle intervient quelques semaines après l’instauration, le 1er juillet, d’un droit forfaitaire de 3 euros sur les colis de moins de 150 euros expédiés par AliExpress, Shein et Temu, mesure destinée à contenir un modèle économique fondé sur des volumes massifs de petits envois.

Un avertissement adressé aux grandes plateformes

« La circulation de vêtements contrefaits, de jouets dangereux, de cosmétiques nocifs et d’autres produits illégaux et dangereux n’est pas un coût inévitable des achats en ligne, c’est un manquement d’AliExpress à ses obligations au titre du DSA », a déclaré Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie.

La procédure remonte à une enquête ouverte en mars 2024, qui avait débouché en juin 2025 sur un constat préliminaire de manquements. La Commission avait alors reproché à la plateforme de ne pas empêcher la réapparition de vendeurs et de produits déjà retirés, un défaut que la décision finale confirme.

AliExpress conteste et devra rendre un plan d’action

La plateforme a immédiatement rejeté la sanction. « Nous sommes en désaccord avec la décision d’aujourd’hui et avec cette amende disproportionnée, qui ne reflète pas correctement le dispositif que nous avons mis en place », a réagi AliExpress, qui met en avant ses investissements en matière de sécurité des produits. L’entreprise se réserve la possibilité d’un recours devant la justice européenne.

AliExpress dispose jusqu’au 20 octobre pour soumettre à la Commission un plan d’action détaillant les correctifs apportés aux défaillances relevées. Faute de mise en conformité, la marketplace s’exposerait à des astreintes financières supplémentaires, qui viendraient s’ajouter à l’amende déjà prononcée.

Auteur/autrice

  • Yeva Lambert s’intéresse à l’actualité du e-commerce, des marketplaces et du retail, avec une attention particulière portée aux usages et aux stratégies des acteurs du secteur.

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