Search
Le siège de la Banque centrale européenne à Francfort

La BCE laisse ses taux à 2,25 % et guette une hausse en septembre

La Banque centrale européenne a maintenu son taux de dépôt à 2,25 % le 23 juillet, gardant ouverte la possibilité d’un relèvement en septembre si les prix de l’énergie continuent d’alimenter l’inflation en zone euro.

Cette pause intervient un mois après un tournant. En juin, l’institution de Francfort avait relevé son taux directeur pour la première fois depuis 2023, rompant avec le cycle de baisses engagé les années précédentes. Le maintien du 23 juillet confirme que la BCE est passée d’un biais accommodant à une posture défensive face à un choc énergétique qui pèse sur les ménages et les entreprises du continent.

Un statu quo sous surveillance

Le taux de dépôt, qui sert de référence pour rémunérer les liquidités des banques auprès de la BCE, reste donc figé à 2,25 %, rapporte l’AFP. Selon Keystone-SDA, la hausse de juin constituait « une première depuis 2023 en raison de la hausse des prix de l’énergie ». La décision de juillet a été prise dans un climat d’incertitude marqué, plusieurs gouverneurs ayant, selon les mêmes sources, évoqué l’hypothèse d’un resserrement immédiat.

Le conseil des gouverneurs a préféré temporiser. L’institution a justifié ce choix en indiquant, d’après Reuters, que « la croissance économique restera modérée à court terme, freinée par le choc énergétique et les incertitudes qui en découlent », tout en estimant les fondamentaux de moyen terme préservés.

L’énergie au centre des inquiétudes

La flambée des cours pétroliers explique en grande partie cette prudence. Le baril de Brent a atteint près de 100 dollars, porté par les tensions entre les États-Unis et l’Iran et par les restrictions de trafic dans le détroit d’Ormuz, selon Reuters. Ce renchérissement de l’énergie se diffuse progressivement au reste de l’économie.

Christine Lagarde, présidente de la BCE, a résumé la crainte de l’institution en conférence de presse. « Plus les prix de l’énergie restent élevés longtemps, plus ils risquent de faire grimper l’inflation générale par le biais d’effets indirects et de deuxième tour », a-t-elle déclaré. La BCE a par ailleurs averti, d’après Keystone-SDA, que « l’incertitude demeure élevée et l’impact inflationniste total du choc énergétique ne s’est pas encore pleinement matérialisé ».

Une inflation encore au-dessus de la cible

Les derniers chiffres officiels situent l’inflation de la zone euro à 2,8 % en juin, un niveau qui reste supérieur à l’objectif de 2 % fixé par l’institution. Signe de la dégradation des perspectives, la BCE a relevé sa prévision d’inflation pour 2026, à 3 % contre 2,6 % lors de sa précédente estimation, selon Keystone-SDA. La révision traduit l’ampleur du choc énergétique sur les anticipations de prix.

Ce contexte place la France dans une position délicate. Un maintien prolongé de taux élevés renchérirait le coût de la dette publique alors que le gouvernement a ramené sa prévision de croissance 2026 à 0,7 %, et compliquerait la reprise du crédit immobilier, déjà fragile.

La logique de la BCE tient à la nature de l’inflation actuelle. Un choc énergétique importé ne se combat pas directement par les taux, mais l’institution redoute qu’il ne contamine les salaires et les prix des autres biens, ce que les économistes nomment les effets de second tour. À ce stade, aucun signe d’une telle spirale entre salaires et prix n’a été relevé, selon Reuters, ce qui a permis au conseil des gouverneurs de patienter sans agir dans l’immédiat.

Le rendez-vous de septembre

Les marchés anticipent désormais un durcissement à l’automne. Selon Reuters, ils estiment à environ 95 % la probabilité d’un relèvement de 25 points de base lors de la prochaine réunion. Une telle décision porterait le taux de dépôt à 2,5 % et confirmerait le basculement de la BCE vers un cycle de resserrement, dépendant toutefois de l’évolution des cours de l’énergie.

L’issue reste suspendue à la géopolitique. Une escalade entre Washington et Téhéran, ou une nouvelle perturbation du détroit d’Ormuz, pousserait les prix pétroliers à la hausse et renforcerait le camp partisan d’un relèvement. Le conseil des gouverneurs de la BCE se réunira en septembre pour trancher, à la lumière des chiffres d’inflation de l’été.

Auteur/autrice

Partager: