Le taux de chômage en France a atteint 8,1 % de la population active au premier trimestre 2026, franchissant la barre des 8 % pour la première fois depuis 2021, selon l’Information rapide publiée par l’Insee le 13 mai. La dégradation du marché du travail s’est trouvée au cœur des échanges du comité d’alerte des finances publiques réuni le 7 juillet à Bercy.
Une hausse de 0,2 point sur le trimestre
D’après l’Insee, le taux de chômage a progressé de 0,2 point par rapport au dernier trimestre 2025 et de 0,7 point sur un an. L’institut recensait ainsi 2,6 millions de chômeurs au sens du Bureau international du travail sur le territoire, hors Mayotte, soit 68 000 personnes de plus en trois mois.
Ce niveau reste éloigné du pic de la crise sanitaire, lorsque le chômage avait dépassé 9 %. Il marque toutefois une rupture après plusieurs années de reflux qui avaient ramené l’indicateur vers ses plus bas niveaux depuis le début des années 1980. La remontée efface une partie des gains accumulés durant la phase de reprise post-Covid.
Les jeunes en première ligne
La détérioration frappe d’abord les nouvelles générations. Le taux de chômage des 15-24 ans s’établissait à 21,1 % au premier trimestre, en hausse de 2 points sur un an, précise l’Insee. Autrement dit, plus d’un jeune actif sur cinq se trouvait sans emploi tout en en recherchant un.
Le halo autour du chômage, qui regroupe les personnes souhaitant travailler sans être comptabilisées comme chômeurs, concernait pour sa part 1,8 million d’individus, soit 4,3 % des 15-64 ans. Dans le même temps, le taux d’activité a atteint 75,6 %, un niveau que l’Insee qualifie de plus haut jamais mesuré depuis le début de la série en 1975.
Des prévisions déjà dépassées
La remontée a pris de vitesse les prévisionnistes. Dans ses projections macroéconomiques diffusées le 19 décembre 2025, la Banque de France anticipait un taux de chômage de 7,8 % en 2026, avant un repli à 7,4 % en 2027. La cible de 7,8 % a donc été franchie dès le premier trimestre.
La dégradation tient à un emploi orienté à la baisse conjugué à une population active qui continue de croître. Dans sa note de conjoncture de mars, l’Insee prévenait déjà, à propos du secteur privé : « Après avoir déjà perdu 60 000 postes salariés privés en 2025, l’économie française en détruirait de nouveau 22 000 d’ici juin. » Les créations d’emplois, elles, se sont taries.
Un marché du travail fragilisé par la conjoncture
Le repli de l’emploi s’inscrit dans un contexte de croissance atone. Réuni le 7 juillet, le comité d’alerte des finances publiques présidé par le Premier ministre Sébastien Lecornu a acté un environnement plus contraint que prévu. À cette occasion, le ministre de l’Économie Roland Lescure a abaissé la prévision de croissance du gouvernement pour 2026, désormais alignée sur celle de l’Insee et des institutions internationales.
Selon l’Insee, l’inquiétude gagne aussi les ménages. L’institut relève que l’indicateur synthétisant les craintes des Français face à une hausse du chômage a atteint son plus haut niveau depuis 2016, signe d’un climat de défiance susceptible de peser sur la consommation.
Des secteurs inégalement touchés
Les pertes de postes ne se répartissent pas de manière uniforme. Sur la période récente, plusieurs branches ont concentré l’essentiel des suppressions d’emplois salariés, parmi lesquelles :
- la construction, pénalisée par le recul de la commande immobilière ;
- l’agriculture, exposée aux aléas de campagne ;
- l’intérim, traditionnellement premier ajusté en phase de ralentissement.
À l’inverse, l’Insee note que le taux d’emploi des 15-64 ans s’est maintenu à 69,5 %, tout près de son record historique de 69,6 %. Le pays compte donc à la fois davantage de personnes en emploi et davantage de chômeurs, la population active progressant plus vite que le nombre de postes disponibles.
Ce paradoxe apparent tient à des évolutions démographiques et à des réformes ayant repoussé les âges de départ à la retraite, qui gonflent le nombre d’actifs. Tant que la création nette d’emplois demeurerait inférieure à cette poussée, le taux de chômage pourrait continuer de se tendre, selon la lecture qu’en fait l’Insee dans ses publications trimestrielles.
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