L’action de Bending Spoons a bondi de près de 40 % le 1ᵉʳ juillet 2026 pour sa première séance au Nasdaq, clôturant à 40,50 dollars contre un prix d’introduction fixé à 29 dollars, un accueil qui valorise brièvement le groupe italien autour de 25 milliards de dollars selon EBC Financial Group.
Cette entrée en Bourse figure parmi les plus scrutées d’une année 2026 déjà record pour les introductions technologiques. Elle met en lumière un modèle atypique, celui d’un consolidateur qui rachète des marques Internet vieillissantes plutôt que de bâtir des produits inédits, et qui teste désormais l’appétit des marchés publics pour cette stratégie financée par la dette.
Une introduction placée au-dessus de sa fourchette
Bending Spoons a fixé le prix de son introduction à 29 dollars par action, soit au-dessus de la fourchette initiale de 26 à 28 dollars, d’après Yahoo Finance. La société italienne a cédé environ 58 millions d’actions ordinaires, levant près de 1,68 milliard de dollars et ressortant valorisée à quelque 18,4 milliards de dollars au moment de la fixation du prix.
La demande aurait dépassé l’offre disponible. Selon une source proche d’une banque chef de file citée par Yahoo Finance, la demande émanait « à la fois d’investisseurs récurrents et de nouveaux entrants dans l’opération », un signe de la profondeur du carnet d’ordres pour un dossier de cette taille.
Un portefeuille de marques Internet en fin de cycle
Le groupe, dirigé par Luca Ferrari, a construit son périmètre par acquisitions successives. Il détiendrait ou aurait racheté un ensemble de services numériques largement connus, dont EBC Financial Group dresse la liste suivante.
- AOL, repris pour 1,45 milliard de dollars
- Vimeo et StreamYard, dans la vidéo
- Evernote et WeTransfer, côté productivité et partage de fichiers
- Eventbrite, Brightcove, Harvest, komoot et Remini
En mars 2026, ces activités auraient servi plus de 500 millions d’utilisateurs actifs mensuels et plus de 9 millions de clients payants chaque mois, toujours selon EBC Financial Group. Ce socle d’audience constitue l’argument central présenté aux investisseurs.
Des revenus en forte hausse, une rentabilité fragile
La trajectoire financière illustre l’ampleur de la consolidation. Le chiffre d’affaires serait passé de 387 millions de dollars en 2023 à 1,31 milliard en 2025, rapporte Yahoo Finance. Sur le seul premier trimestre 2026, EBC Financial Group évoque un chiffre d’affaires de 601 millions de dollars et un bénéfice net de 27,5 millions.
La photographie n’est toutefois pas uniformément flatteuse. Le groupe serait passé d’un bénéfice net de 89 millions de dollars en 2024 à une légère perte d’environ 200 000 dollars en 2025, d’après Yahoo Finance, tandis que son endettement approcherait 4,4 milliards de dollars selon EBC Financial Group. Ce levier élevé, rançon d’une croissance bâtie sur le rachat, resterait un point de vigilance pour les analystes.
Un contrôle verrouillé par les fondateurs
Malgré l’ouverture du capital, le pouvoir reste concentré. Les quatre cofondateurs conserveraient des actions de catégorie A leur assurant environ 82,71 % des droits de vote après l’introduction, précise Yahoo Finance. Les nouveaux actionnaires financeraient donc l’expansion sans peser réellement sur les décisions stratégiques, une configuration fréquente dans la tech mais qui limiterait leur capacité d’influence.
Un test grandeur nature pour le modèle du consolidateur
La performance du premier jour ne s’est pas maintenue sans accroc. Le titre BSP aurait ouvert à 39,28 dollars le 2 juillet avant de refluer jusqu’à 36,69 dollars, pour s’installer autour de 37,04 dollars, soit un repli de l’ordre de 8,5 % par rapport à la clôture inaugurale, selon les données de marché relayées à l’issue de la séance.
Cette respiration replace le débat sur le fond. Racheter des marques matures pour en extraire des revenus récurrents peut séduire tant que l’audience tient, mais un tel modèle supporterait mal une remontée durable du coût de la dette. Le parcours boursier de Bending Spoons servirait ainsi de test grandeur nature pour une stratégie que d’autres consolidateurs pourraient être tentés d’imiter si l’accueil se confirme dans la durée.
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Voir toutes les publicationsEmmanuel Doiron suit l’actualité boursière, les marchés financiers et les entreprises cotées, avec un intérêt particulier pour les résultats et les tendances économiques.




